Posté le 24.01.2008 par tandpoem
Vaste sujet que la nature en poésie...
N'attendez pas petites fleurs et charmants zosiaux aux roucoulements sucrés !
La nature, regardez la bien : c'est des horreurs qui poussent pour le bonheur de pousser, c'est des bestioles qui n'en finissent pas d'évoluer et de se reproduire.
Toujours de nouvelles espèces, toujours de nouvelles formes...
Pour quoi faire ?
Si vous cherchiez des fleurs, allez plutôt voir du côté d'Omar Khayyam
Dans cette page, il est question de nature comme il est question de nature dans les haïkus.
Sans plus.
Bonne lecture
--
Posté le 24.01.2008 par tandpoem
Mort, pourquoi ne pas en parler ?
Ça n'est pas mon sujet favori, mais on connaît tous la fin de l'histoire...
Lors d'une dispute, une belle dame eût ce mot : "A quoi ça sert de se fâcher comme ça ? Nous sommes tous mourants."
Comme elle a bien résumé la situation !
Buste féminin en cristal de roche, début du XVIe s, d'après un modèle de Tullio Lombardo Au programme de cette page :
mort,
crimes et criminels,
maladie,
attente,
assassins,
naissance,
liberté et j'en passe...
Posté le 24.01.2008 par tandpoem
Tous les hommes en naissant
ont au front une inscription,
écrite en lettres de feu,
qui dit : "Condamné à mort".
Coplas, poèmes de l'amour andalou, traduit de l'espagnol par Guy LÉVIS MANO, Allia (16, rue Charlemagne 75006 Paris), 2001
Posté le 24.01.2008 par tandpoem
Attente de la mort
Une paillotte au Paraguay
Où j'attendrais dans un hamac
Celle qui vient bien toute seule.
Un boeuf gris passerait la tête
Et ruminerait devant moi,
J'aurais tout le temps de le voir.
Un chien entrerait assoiffé,
Et courant à mon pot à eau
Il y boirait, boirait, boirait.
Enfin il me regarderait
Et de sa langue rouge et claire
Des gouttes tomberaient à terre.
Des oiseaux couperaient le jour
De la porte dans leur vols vifs.
Et pas un homme pas un homme !
Je serai moi-même évasif.
Débarcadères, 1956
Posté le 24.01.2008 par tandpoem
Je vois Don Juan dans une cellule de ces monastères espagnols perdus sur une colline. Et s'il regarde quelque chose, ce ne sont pas les fantômes des amours enfuies, mais, peut-être, par une meurtrière brûlante, quelque plaine silencieuse d'Espagne, terre magnifique et sans âme où il se reconnaît. Oui, c'est sur cette image mélancolique et rayonnante qu'il faut s'arrêter. La fin dernière, attendue mais jamais souhaitée, la fin dernière est méprisable.
Le mythe de Sisyphe, Gallimard, 1942
Posté le 24.01.2008 par tandpoem
Je vois Don Juan dans une cellule de ces monastères espagnols perdus sur une colline. Et s'il regarde quelque chose, ce ne sont pas les fantômes des amours enfuies, mais, peut-être, par une meurtrière brûlante, quelque plaine silencieuse d'Espagne, terre magnifique et sans âme où il se reconnaît. Oui, c'est sur cette image mélancolique et rayonnante qu'il faut s'arrêter. La fin dernière, attendue mais jamais souhaitée, la fin dernière est méprisable.
Le mythe de Sisyphe, Gallimard, 1942
Posté le 24.01.2008 par tandpoem
La terre meurt aussi
Avec quelle confiance
les étoiles
peuvent-elles briller
et les arbres nus
offrir leur ombre ?
Avec quelle confiance
nos échos peuvent-ils résonner
quand nous quittons les rues
pour les maisons
et que nous fermons les portes en disant :
Nos témoins parlent-ils de nous ?
Avec quelle confiance
pouvons-nous nous laisser aller
à la langue
aux discussions
comme si nous n'étions pas seuls
comme si les autres
les journaux
la télévision
les horaires de l'avion
partageaient notre café ?
La terre meurt aussi
et les routes désertiques
les maisons isolées
dans la campagne perdue
les lumières opaques des villes
au fond de la nuit
La terre meurt aussi
les diplômes universitaires
le jus de fruits quotidien
et la mélancolie du crépuscule
L'inquiétude n'est pas dans l'âme
seulement
elle est dans ce calme lisse
qui s'entasse sur les bureaux
les meubles des maisons
les cuillers à café
le berceau paisible de l'enfant
au coin de la chambre
Pourquoi nous laisse-t-on soudainement
sans saisons
sans cieux
sans mères ?
Tous déclinent
et tombent
de nos fenêtres
de nos feuilles
et nos discussions à bâtons rompus
Tous
nous quittent
jusqu'à ce que nous revenions seuls
devant les portails des musées
des supermarchés
des ports fermés
tels des trottoirs désertés
avec un peu d'herbe rabougrie
à la fin de l'été
La terre meurt aussi
Elle ne peut pas nous prendre
martyrs
ou prophètes
nous qui sommes supprimés
sans signe
qui puisse conduire à notre absence
nous qui sommes répandus
comme une tendresse qui n'a guère de traduction
nous qui émigrons
comme les nuits débridées
au-dessus des déserts inexplorés
La poésie palestinienne contemporaine, choix des textes et traduction de Addellatif LAÂBI, Le temps des cerises et la Maison de la Poésie Rhône-Alpes, 2002
Posté le 24.01.2008 par tandpoem
Toi, moi et lui
Il n'y avait pas d'arbres dans son vocabulaire
pas de fleurs
Dans son vocabulaire, il n'y avait pas d'oiseaux
Il ne savait que ce qu'on lui avait appris
tuer les oiseaux d'abord
et il a tué les oiseaux
haïr la lune ensuite
et il a haï la lune
avoir un coeur de pierre
et il a eu un coeur de pierre
Et puis s'écrier :
« Vive n'importe quoi »
« A bas n'importe quoi »
« A mort n'importe quoi »
Il n'y avait pas d'arbres dans son vocabulaire
Dans son vocabulaire, il n'y avait pas
toi et moi
car il devait nous tuer
Il ne savait
que ce qu'on lui avait appris
nous tuer
toi et moi
La poésie palestinienne contemporaine, choix des textes et traduction de Addellatif LAÂBI, Le temps des cerises et la Maison de la Poésie Rhône-Alpes, 2002
Posté le 24.01.2008 par tandpoem
Mains
Des jardiniers de la morts
Vous qui des camomilles en berceaux
Prospères dans les rudes terres
Ou le long de la pente,
Avez cultivé la mort
Monstre des serres de votre industrie.
Mains,
Brisant le tabernacle du corps
Happant, carnassières de tigre,
Les signes des secrets-
Mains,
Que faisiez-vous
Lorsque vous étiez mains de petits enfants ?
Teniez-vous un harmonica, la crinière
D'un cheval à bascule, avez-vous dans l'obscurité saisi la jupe d'une mère
Montré un mot dans un livre de lecture-
Etait-ce Dieu peut être, ou homme ?
Ô toi main qui étrangle,
Ta mère était-elle morte,
Ta femme, ton enfant,
Que tu n'aies plus que la mort dans ta main,
Dans cette main qui étrangle ?
Eclipse d'étoile
Traduit de l'allemand par Mireille GANSEL
Verdier, 1999
Posté le 24.01.2008 par tandpoem
Ophélie
(Septembre 1965, dans la nuit les gardes frontières de la RDA abattent une jeune fille qui tentait de franchir la Spree à gué)
A Nelly SACHS
Plus tard, le matin,
aux premières lueurs blanches
le bruit des bottes qui pataugent
dans la vase des eaux,
le heurt des perches qu l'on pousse,
un ordre rauque,
ils soulèvent la boueuse
nasse des barbelés.
Pas de royaume,
Ophélie
où un cri
creuse l'eau
où par magie
la balle
contre la feuille de saule vole en éclats.
Au soir approchent les amis
Traduit de l'allemand par Mireille GANSEL
Ed. Toni Pongratz Verlag